noel15

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L.A. confidential

L.A.Confidential

1 – Décrivez cette image en vous attachant aux détails (attitudes, postures, vêtements, mobilier et lumière, regards). C’est votre commentaire, vous écrivez donc à la première personne, mais vous rédigez sur un ton spécifique. Vous êtes journaliste, enquêteur, témoin, cinéphile, voisin, et optez pour l’angle d’attaque et le ton qui en découlent – humour, dévotion, technique, historique…

1 – C’est un bon film, reconnu comme tel, surtout pour son casting de rêve et l’adaptation d’un James Ellroy – accessoirement, oscar du meilleur scénario. En embauchant Curtis Hanson, Warner Bros. ne prenait pas un gros risque. Il n’avait pas fait grand chose et ne poserait pas de problème. Aujourd’hui encore, il apparaît comme un bon faiseur, plus proche d’un Tony Scott que du cinéma d’auteur.

Pourtant, cette photo témoigne d’une maîtrise du cadre et d’une intention formelle qui nous emmène plus loin que le respect dû à l’artisan.

Le cloisonnement du cadre dans lequel chaque homme est séparé de l’autre traduit bien le soin apporté à la composition. La focale utilisée trompe agréablement son monde en multipliant les lignes de fuite symboliques. Ainsi de la bibliothèque séparant l’esthète mafieux suicidé du lieutenant de police un brin bourrin ; ainsi de la cloison séparant le fougueux enquêteur du nabab cynique. Les cravates des flics soulignent l’absence de celle du mort, jadis au-dessus de ces conventions middle-class, portant pantalon bleu ciel, moustache et gomina. La méfiance des détectives ajoute encore à cette dichotomie. De profil pour réduire la surface de cible, engagés l’épaule en avant, tout en eux s’oppose à l’arrogance décontractée et parvenue de celui qui affronte la mort de face.

La modernité épurée des 50’s éclaire un espace gris-brun fonctionnel dans lequel les flics semblent faire partie des meubles. Limités à l’utilitaire, ils tournent autour du suicidé, axe de la scène et donc nœud du problème, lumière qui, même éteinte, brille encore. Magie du cinéma.

L’homme s’est rendu pour de bon, définitivement. La tête baissée, il s’est incliné une dernière fois, peut-être aussi la première. On discerne une certaine incrédulité dans l’attitude des deux flics. Le pouvoir, la puissance, la gloire et l’argent, ne suffisent donc pas à aller sereinement jusqu’au bout du film. Quelque chose ne fonctionne pas, vient perturber leur représentation du monde et l’on se prend à penser que le suicidé entendait bien qu’il en soit ainsi. On imagine la déception après l’incrédulité, le mystère qui s’épaissit à mesure que le piège se referme.

C’est à dire que tout dans cette image repose sur la rigueur et le rationalisme, une certaine logique culturelle faite de codes et de compréhension spontanée et que, dans le même temps, un suspens élégant, dangereux et insondable, flotte dans la pièce.

C’est beaucoup mieux que ce que l’on peut attendre d’un bon film.

Olivier

2 – À partir de cette photo, écrivez une courte scène (dialogues et didascalies). Vous n’avez pas à tenir compte du contexte supposé. Vous pouvez imaginer tout à fait autre chose en maintenant ces trois personnages en interaction dans le cadre de l’image. Vous rendez votre copie prête à tourner avec titre, intérieur jour, et un nom de personnage introduisant chaque réplique.

2 Le mort était presque parfait (intérieur jour)

Pearce – Je crois qu’il est raide…

Crowe – Je préfèrerais que tu sois sûr.

Pearce – Si tu veux je lui en colle une mais je sens d’ici qu’il est froid.

Crowe (venant vérifier) – Okay, j’appelle la médico-légale.

Pearce – Attends !

Crowe – Quoi ?

Pearce (pointant de l’index) – Là, sur l’accoudoir, une tache de sang…

Crowe – Oui ? Ça t’étonne ? Il a failli se trancher les mains tellement il y est allé de bon cœur.

Pearce – Justement. Une seule goutte de sang… Et tu vois une lame, toi ?

Crowe (inspectant le périmètre du fauteuil) – Le mec qui a fait ça, c’est vraiment un gros naze. Première fois que je vois un suicide sans preuve matérielle…

Pearce – S’introduire dans cette villa sécurisée, surprendre le proprio et lui couper les veines sans chahut, ça colle pas vraiment avec un oubli de preuve… Il y a autre chose. Quelque chose qui nous échappe, quelque part où on on ne pense pas à regarder.

Crowe – Quoi ? Genre, dès qu’il s’est sectionné le second poignet, il a balancé son rasoir par la baie vitrée ?

Pearce – Tu vois que tu peux quand tu veux.

Crowe (allant jusqu’à la baie vitrée) – Okay. Le type est au bout du rouleau, il vient de généreusement se sectionner les veines et, sans se retourner, il balance son coupe-chou par la baie vitrée… Problème, le dit coupe-chou n’est pas non plus sur le balcon. Trop fort, le mec ! Par dessus la rambarde ! Mais ouais, où j’avais le crâne, moi… Tu devrais aller voir en bas, Pearce. Y’a sûrement d’autres victimes du rasoir fou.

Pearce – Tu me casses les couilles, Crowe. Propose quelque chose pour une fois ! Non, je t’arrête tout de suite. Il est 11h00. Pour la bière, tu as encore une heure à être insupportable…

Crowe (revenant jusqu’au suicidé en secouant la tête) – Ça fait combien que t’es à la crim’, maintenant, Pearce ?

D’une main sur le front, Crowe redresse la tête du suicidé et, de l’autre, abaisse la mâchoire. Il lâche alors le front et flanque une claque sèche à l’arrière du crâne. Une lame de rasoir est éjectée de la bouche du mort, rebondit sur la chemise et finit, rouge et gluante, sur le pantalon bleu ciel.

Crowe (sortant) – Je crois que j’ai gagné le droit de pas attendre midi…

Cut.

Olivier

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Session du mardi 1er décembre 2015

L’image : de la description à l’écriture scénique

L.A.Confidential

L.A. Confidential – Curtis Hanson 1997

Guy Pearce / David Strathairn / Russel Crowe

1 – Décrivez cette image en vous attachant aux détails (attitudes, postures, vêtements, mobilier et lumière, regards). C’est votre commentaire, vous écrivez donc à la première personne, mais vous rédigez sur un ton spécifique. Vous êtes journaliste, enquêteur, témoin, cinéphile, voisin, et optez pour l’angle d’attaque et le ton qui en découlent – humour, dévotion, technique, historique…

2 – À partir de cette photo, écrivez une courte scène (dialogues et didascalies). Vous n’avez pas à tenir compte du contexte supposé. Vous pouvez imaginer tout à fait autre chose en maintenant ces trois personnages en interaction dans le cadre de l’image. Vous rendez votre copie prête à tourner avec titre, intérieur jour, et un nom de personnage introduisant chaque réplique.

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Session du 24 novembre 2015

Sujet 1La mémoire des choses

Hot-Sale-Retro-Vintage-Classic-font-b-Cabinet-b-font-font-b-Knob-b-font-fontVous le savez peut-être, dès que nous nous absentons, d’une manière ou d’une autre, les objets s’expriment, communiquent entre eux ou soliloquent dans leur coin. Et il arrive que certains de ces objets nous parlent. Prenons l’expression au pied de la lettre…

À la faveur d’un dialogue avec un objet usuel, vous mettez en lumière la disparité des mémoires, quantité et qualité, qui détermine notre rapport au réel. Là où vous survalorisez la modernité du présent dont l’objet est, par nature, tenu à distance, il  voue un culte à la durée, au temps qui passe inexorablement…

Sujet 2 La mémoire des faits

Crémone rougeCe même objet a eu un rôle central dans une histoire. Il est à l’origine d’une relation (bonne ou mauvaise) entre des personnes. Il s’agit donc non seulement de décrire physiquement cet objet mais aussi son pouvoir, de séduction comme de nuisance.

Narration classique à la 3ème personne.

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candle10

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Session du 10 novembre 2015

Sujet 1Description aventureuse ou aventure descriptive ?

A youth looks at police holding shields that read in Spanish: "I'm a police officer and also a son" as they block protesters from reaching San Francisco square in Quito, Ecuador, Thursday, March 19, 2015. Demonstrators are protesting government proposed laws, including a labor law, an initiative on land ownership and a series of constitutional reforms that would allow indefinite reelection for all elected officials. (AP Photo/Dolores Ochoa)/DOR118/344492478466/1503200405

A youth looks at police holding shields that read in Spanish: « I’m a police officer and also a son » as they block protesters from reaching San Francisco square in Quito, Ecuador, Thursday, March 19, 2015. Demonstrators are protesting government proposed laws, including a labor law, an initiative on land ownership and a series of constitutional reforms that would allow indefinite reelection for all elected officials. (AP Photo/Dolores Ochoa)/DOR118/344492478466/1503200405

Un homme attrape Juan par la manche à la sortie de l’école et, contre une somme dont sa famille a bien besoin, lui demande de porter un message à l’autre bout de la ville en état de siège… 

C’est le périple de Juan qui nous intéresse. Ville imaginaire ou réelle ou hybride, le décor rebondit, interfère, au moins agit, sur le jeune garçon et sa mission. Plan séquence à la 3ème personne et fragments de monologue intérieur.

Sujet 2 Fantastique

3

Akira Mifuné a 97 ans et se rend comme chaque matin dans son havre de méditation. Ce matin est un peu particulier. Il a fait un cauchemar dans la nuit mais s’est réveillé trop tôt… Il n’a pas compris le message. Il espère bien retrouver ses monstres et leur demander des comptes – ou des comtes… Et effectivement, dès la porte fermée, il est évident qu’il n’est pas seul.

Unité de temps et de lieu, 3ème personne.

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Moi dans un cimetière, toi dans une tombe

Réponse d’Hermann au Sujet 2 de la session du 27 octobre

Capture d’écran 2015-08-08 à 06.12.59

Qu’est-ce que c’est que cette bande ? Je reconnais bien l’autre, là, que j’avais éclaté contre une poubelle. Qu’est-ce qu’il fout là, d’ailleurs ? Je croyais qu’ils se voyaient plus. Là, les parents, bien sûr. Elle, c’est sa sœur, je crois. Des oncles, tantes, cousins ? Et lui, là, qui ressemble à Bob Marley ? Même pas l’air triste. On est au cimetière, mon gars ! Hum… je lui taxerais bien un truc après la veillée. Ce sera toujours mieux que de m’enfiler la bouteille de sky que Nadir m’a laissé l’autre soir. Lui, il est bien rougeot, d’ailleurs. Il a dû se mettre bien, pour encaisser le choc, comme le rasta mais à sa manière. Putain, la montre ! D’où est-ce qu’il sort ? C’est lui, son ancien patron ? Non… pas celui qu’elle s’est envoyée. Quand même… tu m’avais dit que t’avais fait une boulette, mais là… merde. Y’a quoi, trente ans de différence ? Je comprends pour l’autre Hipster à la con, mais lui… Putain, t’as jamais eu de nez pour les gars. Regarde-moi, même pas quarante ans et usé comme une vieille godasse, fauché comme les blés et pas de bobonne à la maison. T’as peut-être bien fait de te barrer avant la déliquescence complète. Ouais. Je recommence. Pourquoi je te parle, d’abord ? T’es raide. Je ferais mieux de regarder le ciel, non ? C’est pas comme ça qu’on fait ? C’est haut. Zéro nuage, pour une fois. Elle non plus, je la reconnais pas. On dirait mon ancienne prof de théâtre. Ça bouge derrière les billes. Elle navigue dans la tempête. Elle fait comme moi, elle attend à l’écart que les autres aient fini pour s’approcher de la tombe. Pourquoi j’arrive pas à soutenir leur regard. Je t’ai rien fait ! Enfin, on se comprend. Pas comme tes vieux qui font les éplorés alors qu’ils en avaient rien à carrer de ton vivant. Ouais, bon, je suis sec. Mais je vais pas me refaire. Il a du mal, le gamin. Ça coule à flots et ça se mort les lèvres. Superbe bouquet.

C’est loin, le temps du lycée. On s’imaginait pas comme ça. Je veux dire : vieux, avec des poils pleins les oreilles. Tu te souviens, les discussions débiles, les vannes, les soirées à la chaîne, les bitures à répétition ? Évidemment que tu t’en souviens. Quand on nous disait qu’on faisait n’importe quoi, on répondait qu’on savait, qu’on s’en tapait. C’est sûr qu’on en avait rien à battre. Comment est-ce qu’ils voulaient qu’on se projette jusqu’à maintenant, moi dans un cimetière, toi dans une tombe ? Mais on savait pas. On savait rien. Foutue cirrhose. J’ai même pas réagi quand je l’ai su. À peine une légère inquiétude. Pourquoi elle prend des cachets ? Tiens, je vais aller voir sur Wikipédia. C’est pas grave, ça se soigne bien. Et merde. J’ai jamais rien appris. Même quand Seb s’est planté en bagnole, j’ai continué à faire comme si. Comme si quoi ? Comme si on allait au paradis, à fumer sur des joints qui s’éteignent jamais dans des partouzes éternelles ? Pas foutus de voir tout ce qu’on avait, comprendre à quel point c’est cher. Parce que l’avenir nous emmerdait. Moi, je crèverai d’une overdose à vingt-sept ans ! Sauf qu’on a jamais été des génies, ni des rock stars. Juste des cons. Moi surtout.

Je suis désolé. De pas réussir à pleurer, ici, devant ta caisse en sapin. De me retenir de toutes mes putains de forces. De t’avoir laissé m’échapper.

Pourquoi on a pas réussi à se supporter ? Pourquoi on s’est déchiré comme ça ? La vie normale, ça a jamais été notre fort, hein !

Je te promets pas de venir tous les dimanches. On finirait par s’engueuler, comme d’habitude. Je vais y aller. Il paraît qu’ils ont préparé un truc chez tes vieux. Comme ça je verrais où t’as grandi. Comment tu disais ? La prison parentale. Je vais voir ça. Bon, allez…

Sans déconner, trois ans avec l’autre connard ? J’hallucine. Tu m’as bien baratiné. Et je le reverrai pas. T’énerve pas, c’est fini, pour de bon. Mon cul ! C’était pas à la salsa que t’allais, enfin pas celle-là, c’était chez lui ! Et l’autre, là, que je prenais pour ma prof de théâtre. Tuteure légale de huit à quatorze ans. De huit à quatorze ans ! Une autre mère, quoi ! Pas un mot, bordel ! Rien, que dalle ! Mais qu’est-ce que t’avais dans la tête ? J’allais pas la bouffer. Les petits fours sont dégueulasses. Et pas une goutte d’alcool. Fait chier. J’ai besoin d’une clope.

Il se fout de ma gueule ? C’est pas possible. Son fils ? Le fils de qui ? Mais à quelle heure ? Quand elle était à Vannes, peut-être. Non, mais non ! Impossible. Comment… si, c’est ça ! C’est forcément ça. Bordel… Ophélie. Pourquoi tu m’as rien dit ? C’est n’importe quoi ! Oui, je me sens bien, ça va ! Tout va bien, lâche-moi la grappe. C’est vrai qu’il y a un truc, dans le bas du visage et le front. Comment il s’appelait déjà, son mec de l’époque ? Grégory, Grégoire ? Le pléonasme sur pattes, là, rugbyman, un peu con. Il devrait être dans les parages, logiquement. Comment ça se fait que je l’ai pas vu ? Lui ? Nan. Lui ? Putain, ouais, sans la barbe. Mais, pourquoi… Oh et puis merde, je m’en tape. À quoi bon recoller les morceaux de tout ça ? Tu voulais pas que je connaisse ta vie ? Et ben casse-toi avec ! J’en ai ma claque… pardon. Je recommence, je sais. Merde, Ophélie. Comment tu voulais que je comprenne ? J’étais pas digne, c’est ça ? J’aurais tout foutu en l’air, comme d’habitude ? Ophélie, faut que tu m’expliques. Pourquoi tu m’as rien dit ?

C.H. XI 15

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Réponse d’Hermann au Sujet 1 de la Session du 20 octobre 2015

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2h38 UTC – Centre d’analyse européen de radioastronomie, Suisse.

Richard Hamond lâche son gobelet de café sous le coup de la surprise. Il vient de revérifier une dernière fois les données et les résultats ne peuvent être que corrects. Sans prêter attention à l’énorme tâche chaude qui s’étend sur son pantalon en velours côtelé, il propulse son fauteuil à roulettes jusqu’au de bureau de reconstitution graphique. Il applique sur la simulation une série de filtres en fausses couleurs, paramétrés de longue date par un stagiaire motivé, et contemple l’incroyable. Autour de l’étoile de classe G Kepler-134B, une gigantesque structure artificielle découpe en parallélépipèdes rectangles la lumière jaune que l’astre émet. Richard Hamond vient de découvrir des extraterrestres. Au bout de quelques minutes de stupéfaction muette, puis d’agitation hystérique et enfin de prostration, il prend une décision que les historiens des générations futures qualifieront « [d’] impulsive et stupide » : il fait une copie de l’image et l’envoie à une douzaine de ses collègues astronomes par internet, sans protection.

4h14 UTC – Cybercafé, quelque-part en Chine orientale.

Wang Yu, hacker passé à la postérité sur le pseudonyme 1K1llµ0u, navigue sur l’internet caché. Son anonymat est complet, constitué de multiples protections en échelon de type VPN et de leurres zombies. Il découvre l’image par hasard, alors qu’il tentait de pirater les réseaux de l’ESA, l’agence spatiale européenne. Il pense à un canular et hésite à l’envoyer à plusieurs de ses contacts hackers, et notamment un spécialiste de la retouche photographique. Après quelques parties de Counter Strike Global Offensive et un ragequit tapageur, le fichier, encrypté à 1024 bits, traverse 15000 kilomètres de câbles sous-marins en fibre optique à la vitesse de l’éclair numérique et atteint la France.

6h08 UTC – Appartement parisien, rue Château d’eau.

Noël Didier, gérant de sites de streaming illégaux, insomniaque et graphiste à ses heures, reçoit l’image de Kepler-134B. Lui aussi croit à un canular et se réchauffe une part de pizza au micro-onde avant de se mettre au travail. Il ne détecte aucune retouche réalisée par des moyens conventionnels sur le fichier et décide de sortir l’artillerie lourde. Après 52 minutes et 37 secondes d’analyses séquentielles et heuristiques, effectuées par des super-serveurs situés à Singapour et empruntés à la banque HSBC, deux possibilités s’imposent alors : soit un faussaire extrêmement doué met ses compétences à l’épreuve, soit il s’agit de « la plus incroyable de putain de découverte de tous les temps ».

10h01 UTC – Banlieue de Los Angeles

Lisa Redridge, journaliste pigiste au LA Chronicle, découvre l’image sur un site internet dit de « savoir alternatif », Uforum.org, spécialisé dans l’analyse des constructions antiques et la préparation au retour des Grands Anciens. Elle effectue des recherches supplémentaires sur internet et découvre que l’image provient de l’ESA. Elle rédige rapidement un article et l’envoie à son employeur. Sa chronique est publiée dans les minutes qui suivent sur le site internet du quotidien sous la catégorie « Science et Avenir », accompagné de la photographie en fausses couleurs, sous le titre « Kepler-134B abrite-t-elle une civilisation extraterrestre ? ».

13h32 UTC – Monde

L’image de Kepler-134B est largement diffusée sur les canaux mainstream. Les chaînes d’information en continu commentent la nouvelle avec une ironie à peine dissimulée. On parle de rêveries geek et de délires conspirationnistes. Les hashtags Kepler134B et Welcome134B sont créés sur Twitter et connaissent une popularité fulgurante. Une proportion jamais vue de pages Facebook affiche l’image de la construction mystérieuse et l’enthousiasme grandit. Le gourou de secte millénariste Raël twitte « Je vous l’avait bien dit ! » et des centaines de suicides sont constatés en France dans les heures qui suivent, sans lien apparent. Quelque-part sur une route suisse, alors que Richard Hamond se demande si les extraterrestres ressemblent à Jar Jar Binks, un Hummer noir équipé d’un pare-buffle percute sa Fiat 500 gris anthracite, qui dévale 150 mètres de ravin avant d’arrêter sa course contre un sapin. Personne ne l’a jamais revu.

16h54 UTC – Monde

L’enthousiasme sur les réseaux sociaux se mêle d’inquiétude lorsque Stephen Hawking twitte « We are #doomed. ». Les principaux canaux d’information se montrent plus prudents qu’au début de l’affaire lorsque des sources officieuses parmi les cadres de l’administration américaine parlent de panique au NORAD, à la NASA et au Pentagone. La flotte Yankee dans le pacifique entame une série de manœuvres non programmées et les cours en bourse des principales firmes technologiques et spatiales connaissent une hausse spectaculaire. Dans une boutique de souvenirs romaine, non loin de la frontière avec le Vatican, Alberto Rossi décide de réorganiser sa vitrine. Il remplace les effigies de La Vierge Marie et les crucifix par des statuettes de Giordano Bruno, accompagnées d’un petit panneau affichant les déclarations suivantes : « Il l’avait prédit ! Qu’il soit canonisé, et vite ! ».

19h22 UTC – Monde

Des manifestations pro-extraterrestres s’organisent spontanément dans la plupart des grandes villes de la planète. Une minorité d’entre-elles tourne en émeutes lorsque les forces de police tentent de disperser la foule, notamment en Chine, en Russie, en France et en Turquie. Des comportements survivalistes sont constatés aux États-Unis et en Europe de l’ouest, ainsi qu’une recrudescence des bris de vitrine et des vols de télévisions. Les grandes surfaces épuisent rapidement leur stock d’eau minéral, de sucre, de batteries, de café et de conserves. Les approvisionnements en pétrole et gaz des enseignes de grande distribution sont secrètement suspendus dans la totalité des pays pétro-dépendants. En direct sur le plateau de Georges Emerson dans les studios CNN de Los Angeles, Lisa Redridge est abattue de trois balles dans le thorax par un employé de la chaîne. Pour décrire l’agresseur, le terme « désaxé » est préféré à « fondamentaliste protestant » dans la plupart des pays anglo-saxon. Un témoin de l’interpellation de l’assassin racontera plus tard : « Son visage était rouge vif et il hurlait : ‘Christ, ils m’ont fait des expériences ! Ils m’ont tripoté, ils m’ont tripoté !’ ».

21h33 UTC – Pakistan

Une bombe H de quinze mégatonnes, lancée par une fusée Indienne de type Agni V, explose au-dessus d’Islamabad. On parle de cinq millions de morts. L’Inde nie toute responsabilité et déclare l’état d’urgence. Aucune enquête n’a pu déterminer par la suite les circonstances et les déclencheurs exacts de l’attaque.

22h57 UTC – Inde

Une douzaine de bombes H de vingt mégatonnes chacune, lancées depuis deux sous-marins Agosta 70 pakistanais, explosent au-dessus des principales agglomérations indiennes. Le nombre de victimes est incalculable. Début de la Première Guerre Thermonucléaire Asiatique.

23h59 UTC – Monde

Black-out d’internet. Les navigateurs affichent : une erreur est survenue.

 

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Session du mardi 27 octobre 2015

Sujet 1 – Expérience

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Vous êtes dans un bar, un homme vous propose le choix suivant: la gelule rouge vous permettra de revisiter votre passé et celui de vos parents; la gelule bleue vous permettra de parcourir l’avenir mais pas ce qui sera éventuellement votre vie.

Le piège, c’est de passer trop de temps avec l’homme dans le bar. C’est important mais ce n’est pas le sujet.

Ce qui doit faire sens, c’est la motivation de votre choix, le cheminement de votre questionnement qui a conduit à la décision. Rapide et intense puisqu’irrévocable.

Il est à noter que, physiquement, vous êtes toujours présent et fonctionnel. En revanche, votre conscience est entièrement requise par les effets quasi immédiat de la gélule de votre choix.

Au retour, l’homme est toujours là. Il attends votre commentaire…

Sujet 2 Qui était-elle ?

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Vous pensiez bien la connaître et son décès (départ, disparition, …) vous démontre le contraire. Était-elle vraiment l’amie qu’elle prétendait être ? La question mérite d’être posée désormais… Les révélations qui ont accompagné l’événement évoquent une vie au moins double…

C’est un long monologue intérieur questionnant le réel et les faux-semblants, les notions de vérité, de sincérité, le jeu de chacun et les rôles qu’elle a dû composer pour survivre selon des contraintes que vous devinez.

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JH1 – Une énigme

WIJHLa photographie avait jauni et les bords accusaient cette fatigue du document souvent manipulé. Elle n’avait jamais été pliée. Le grain faisait penser à celui des films Kodak grand public des années 70. On discernait une fontaine dans le flou de l’arrière-plan, des arbres et un ciel de mi-journée, franc et beau, mais rien ne permettait de deviner où la scène avait été figée.

L’inconnue, jeune, brune aux yeux bleus et au teint clair, souriait à l’objectif, feignait la surprise, paraissait s’amuser d’une ambiguïté cachée. Ce portrait s’était laissé voler.

Assise à la table de la cuisine familiale, Joanna tripotait sa tasse de café, froide depuis longtemps, en proie à des réflexions obscures qui faisait osciller son regard. Paul, lui, était médusé. Il n’arrivait pas à y croire. Cet instant de bonheur ne cadrait en rien avec ce qu’il connaissait de son père, ce tyran domestique insensible et stupide, éternel prisonnier de ses frustrations qui passait ses nerfs sur sa femme et ses enfants. Comment avait-il pu connaître une joie de cet ordre ? Sur l’envers du cliché, deux lettres : J.H.

« Je l’ai trouvé dans le garage, dans un dossier rempli de vieilles factures, dit Joanna.

– C’est qui ? »

Elle leva une main chargée d’impuissance. L’accélération d’un scooter lointain griffa le silence.

Derrière les interrogations qui se bousculaient dans l’esprit de Paul, s’agitait un spectre nouveau, une couleur qu’il n’aurait jamais pu associer à son père sans cette image sidérante. Pour la première fois de sa vie d’adulte, il devait se l’imaginer heureux, insouciant. Autrement, cette femme, belle et apparemment habitée par l’intelligence, ne l’aurait jamais côtoyé. C’était impensable. Pas lui, pas ce parangon de médiocrité. Il avait dû être quelqu’un d’autre, autrefois.

« Maman est au courant ? demanda Paul.

– J’en sais rien.

– Maxime ?

– Je crois pas. Non, conclut-elle. »

Depuis la mort de son père, deux jours auparavant, Paul vivait une succession longtemps espérée et désormais tumultueuse. Son paysage mental passait du chagrin sans larme au soulagement complet et inversement, plusieurs fois par heure ; tantôt préoccupé par les tracas qu’impliquait un enterrement à l’italienne et la morosité de sa mère, puis envahi par ce sentiment profond, ivresse de l’oxygène, de la libération, qui ressemblait fort à une page qui se tourne. Ce jour, pourtant, au lieu d’une surface blanche, synonyme d’une histoire qui n’incombait qu’à lui seul, enfin, d’écrire, il trouvait un visage. Une énigme.

C.H.X15

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