Le garçon de Marcus Malte

legarconplat1-hd-572140-125/11/16 – J’ai avalé Ce monde disparu de Dennis Lehane en quelques jours pour ne pas en finir trop vite avec Le garçon de Marcus Malte. Roman protéiforme bien que d’une irréprochable homogénéité offrant au lecteur une excellence stylistique et narrative que je ne me souviens que très confusément avoir rencontrée. Les premières pages donnent l’impression d’un Cormac McCarthy réécrivant Les saisons de Maurice Pons. La phrase est sèche, le sujet aussi aride que les paysages, tout est plongé dans un onirisme pragmatique à l’efficacité résolument poétique. Le garçon, privé du langage, tâtonne dans un univers rude, en partie dégénéré, porteur d’insolubles deuils ignorant la plainte. Jusqu’à la rencontre d’un lutteur de foire qui va lui enseigner les clés du combat que doit mener le cœur. C’est alors que Marcus Malte change de monture et se tourne vers Jens Peter Jacobsen et une forme de romantisme affuté, féministe, égalitariste, en quête d’un absolu transgressif par nécessité. Univers inespéré pour le garçon sans nom dont Emma fait le centre de tous les mondes. Un hymne au bonheur qui ne cède sur rien, maintient la tension narrative avec la discrète maestria d’un concertiste qui en a fini avec les hourrahs. Il n’y aura que la guerre pour amputer cet Eros magnifique, impudique et respectueux, total et mesuré. Thanatos prend une revanche terrible, infernale, sur cette prétention de la vie à l’ignorer. La guerre de 14 passe au rouleau compresseur de la barbarie en germe dès les premières pages l’accomplissement humaniste que le garçon aura expérimenté aux côtés d’Emma et de son père. La maîtrise de l’auteur conjugue l’alpha et l’oméga sans la moindre affèterie, donne toute sa place à la lumière sans négliger la nuit la plus sombre. Éditée chez Zulma, cette pépite rare a reçu le prix Fémina comme pour excuser la critique de l’avoir remisée à l’écart des injonctions marketing de l’industrie. Il eut été plus cohérent de lui attribuer tous les prix 2016 ou aucun. Le garçon est un chef-d’œuvre qui relève du paranormal, il n’y a pas de concurrence pour un talent aussi enivrant et abouti.

 

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