L.A. confidential

L.A.Confidential

1 – Décrivez cette image en vous attachant aux détails (attitudes, postures, vêtements, mobilier et lumière, regards). C’est votre commentaire, vous écrivez donc à la première personne, mais vous rédigez sur un ton spécifique. Vous êtes journaliste, enquêteur, témoin, cinéphile, voisin, et optez pour l’angle d’attaque et le ton qui en découlent – humour, dévotion, technique, historique…

1 – C’est un bon film, reconnu comme tel, surtout pour son casting de rêve et l’adaptation d’un James Ellroy – accessoirement, oscar du meilleur scénario. En embauchant Curtis Hanson, Warner Bros. ne prenait pas un gros risque. Il n’avait pas fait grand chose et ne poserait pas de problème. Aujourd’hui encore, il apparaît comme un bon faiseur, plus proche d’un Tony Scott que du cinéma d’auteur.

Pourtant, cette photo témoigne d’une maîtrise du cadre et d’une intention formelle qui nous emmène plus loin que le respect dû à l’artisan.

Le cloisonnement du cadre dans lequel chaque homme est séparé de l’autre traduit bien le soin apporté à la composition. La focale utilisée trompe agréablement son monde en multipliant les lignes de fuite symboliques. Ainsi de la bibliothèque séparant l’esthète mafieux suicidé du lieutenant de police un brin bourrin ; ainsi de la cloison séparant le fougueux enquêteur du nabab cynique. Les cravates des flics soulignent l’absence de celle du mort, jadis au-dessus de ces conventions middle-class, portant pantalon bleu ciel, moustache et gomina. La méfiance des détectives ajoute encore à cette dichotomie. De profil pour réduire la surface de cible, engagés l’épaule en avant, tout en eux s’oppose à l’arrogance décontractée et parvenue de celui qui affronte la mort de face.

La modernité épurée des 50’s éclaire un espace gris-brun fonctionnel dans lequel les flics semblent faire partie des meubles. Limités à l’utilitaire, ils tournent autour du suicidé, axe de la scène et donc nœud du problème, lumière qui, même éteinte, brille encore. Magie du cinéma.

L’homme s’est rendu pour de bon, définitivement. La tête baissée, il s’est incliné une dernière fois, peut-être aussi la première. On discerne une certaine incrédulité dans l’attitude des deux flics. Le pouvoir, la puissance, la gloire et l’argent, ne suffisent donc pas à aller sereinement jusqu’au bout du film. Quelque chose ne fonctionne pas, vient perturber leur représentation du monde et l’on se prend à penser que le suicidé entendait bien qu’il en soit ainsi. On imagine la déception après l’incrédulité, le mystère qui s’épaissit à mesure que le piège se referme.

C’est à dire que tout dans cette image repose sur la rigueur et le rationalisme, une certaine logique culturelle faite de codes et de compréhension spontanée et que, dans le même temps, un suspens élégant, dangereux et insondable, flotte dans la pièce.

C’est beaucoup mieux que ce que l’on peut attendre d’un bon film.

Olivier

2 – À partir de cette photo, écrivez une courte scène (dialogues et didascalies). Vous n’avez pas à tenir compte du contexte supposé. Vous pouvez imaginer tout à fait autre chose en maintenant ces trois personnages en interaction dans le cadre de l’image. Vous rendez votre copie prête à tourner avec titre, intérieur jour, et un nom de personnage introduisant chaque réplique.

2 Le mort était presque parfait (intérieur jour)

Pearce – Je crois qu’il est raide…

Crowe – Je préfèrerais que tu sois sûr.

Pearce – Si tu veux je lui en colle une mais je sens d’ici qu’il est froid.

Crowe (venant vérifier) – Okay, j’appelle la médico-légale.

Pearce – Attends !

Crowe – Quoi ?

Pearce (pointant de l’index) – Là, sur l’accoudoir, une tache de sang…

Crowe – Oui ? Ça t’étonne ? Il a failli se trancher les mains tellement il y est allé de bon cœur.

Pearce – Justement. Une seule goutte de sang… Et tu vois une lame, toi ?

Crowe (inspectant le périmètre du fauteuil) – Le mec qui a fait ça, c’est vraiment un gros naze. Première fois que je vois un suicide sans preuve matérielle…

Pearce – S’introduire dans cette villa sécurisée, surprendre le proprio et lui couper les veines sans chahut, ça colle pas vraiment avec un oubli de preuve… Il y a autre chose. Quelque chose qui nous échappe, quelque part où on on ne pense pas à regarder.

Crowe – Quoi ? Genre, dès qu’il s’est sectionné le second poignet, il a balancé son rasoir par la baie vitrée ?

Pearce – Tu vois que tu peux quand tu veux.

Crowe (allant jusqu’à la baie vitrée) – Okay. Le type est au bout du rouleau, il vient de généreusement se sectionner les veines et, sans se retourner, il balance son coupe-chou par la baie vitrée… Problème, le dit coupe-chou n’est pas non plus sur le balcon. Trop fort, le mec ! Par dessus la rambarde ! Mais ouais, où j’avais le crâne, moi… Tu devrais aller voir en bas, Pearce. Y’a sûrement d’autres victimes du rasoir fou.

Pearce – Tu me casses les couilles, Crowe. Propose quelque chose pour une fois ! Non, je t’arrête tout de suite. Il est 11h00. Pour la bière, tu as encore une heure à être insupportable…

Crowe (revenant jusqu’au suicidé en secouant la tête) – Ça fait combien que t’es à la crim’, maintenant, Pearce ?

D’une main sur le front, Crowe redresse la tête du suicidé et, de l’autre, abaisse la mâchoire. Il lâche alors le front et flanque une claque sèche à l’arrière du crâne. Une lame de rasoir est éjectée de la bouche du mort, rebondit sur la chemise et finit, rouge et gluante, sur le pantalon bleu ciel.

Crowe (sortant) – Je crois que j’ai gagné le droit de pas attendre midi…

Cut.

Olivier

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